Pipi, les dents et au lit, de Laetitia Cuvelier

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Pipi, les dents et au lit est un recueil de Laetitia Cuvelier paru en 2015 aux éditions Cheyne.

« Je parle au chat
Je parle aux livres
Je parle à des inconnus
Je parle à mes parents
À mes enfants
Je te parle tout bas
Dans ma tête
Je dis des choses importantes
Que personne n’entend
Quand je ne dors pas. »

Petit livre carré, aux pages vert pomme et au titre innocent, Pipi, les dents et au lit est une véritable perle.
Récit du quotidien d’une mère de famille, ce recueil évoque, avec grâce et simplicité, la vie d’une femme partagée entre l’amour qu’elle porte à ses enfants et la déliquescence de son couple.

« Je te parle de deux îles
Tu me dis
Comme tu veux
Je te fais confiance.

Je ne veux pas
Que tu me fasses confiance
Je veux que tu regardes
Que tu t’intéresses
Que tu m’aides à choisir
Moi qui ne sais pas choisir. »

Entre comédie et tragédie, aurores et couchants s’enchaînent — demain, qui sait, sera peut-être un autre jour — et la vie, malgré tout, continue. Les mots sont tantôt tendres, tantôt durs, mais toujours parfaitement justes.
Conte sensible de l’ordinaire, cet ouvrage se parcourt d’un seul souffle, avec l’impression tenace de lire quelque chose d’essentiel.
Cette œuvre d’une époustouflante sensibilité restera, pour moi, une merveilleuse découverte.

Aïe ! Un poète, de Jean-Pierre Siméon

005 Samedi dernier, j’étais au Salon du Livre de Paris. Évidemment, j’y ai fait quelques achats… Je vais donc vous présenter une de mes acquisitions et, pour une fois, il ne s’agit pas d’un recueil de poésie !

« Finalement, un bon lecteur de poèmes est un mauvais lecteur : il lit lentement et ne cherche surtout pas à tout comprendre tout de suite, il accepte avec plaisir de ne pas tout comprendre. »

Paru initialement en 2003 aux éditions du Seuil, Aïe ! Une poète est un petit guide d’introduction à la poésie, rédigé par l’écrivain Jean-Pierre Siméon. Je n’avais pas connaissance de ce texte, et j’ai immédiatement été séduite par la maquette de cette nouvelle édition revue et corrigée, publiée par Cheyne Éditeur en 2014, avec ses couleurs vives et ses illustrations abstraites (par Camille Nicolle). Sur la quatrième de couverture, un extrait, suivi de la mention « Un livre à offrir à tous ceux que la poésie fait fuir ».  Bon, certes, je ne suis peut-être pas tout à fait le public ciblé : néanmoins, j’étais curieuse de découvrir la façon dont l’auteur abordait cette problématique, qui est au centre de mes préoccupations.

« [Écrire des poèmes] Ça ne sert à rien. Strictement à rien. À rien en tout cas de ce qu’on dit important dans notre drôle de monde : ni à être connu, ni à gagner de l’argent, ni à devenir chef, ni à réussir dans la vie, ni à arrêter les guerres, ni à donner du pain à ceux qui n’en ont pas. Mais sauf votre respect, à quoi ça sert de dire « aïe ! » quand on reçoit une pierre sur le pied, ou  « je t’aime » à un beau visage ? Et comment faire pour ne pas le dire ? »

Finalement, ce petit livre est un véritable coup de cœur. Court et efficace, il offre une vision décomplexée de la poésie, dans un style marqué par la légèreté et l’humour. L’auteur invite tous les lecteurs curieux à se laisser tenter par la poésie, en rappelant qu’il n’est jamais nécessaire de chercher absolument à « comprendre » immédiatement ou entièrement un texte. Il explique également que chacun est susceptible de trouver, quelque part, un poème fait pour lui, celui qui saura lui faire saisir combien la poésie peut-être essentielle à sa vie. Outre ces conseils, Jean-Pierre Siméon esquisse quelques pistes de réflexions quant à la nature même de la poésie, et à son utilité au sein du monde actuel. À la fin, le lecteur peut trouver  un choix d’ouvrages recommandés par l’auteur pour commencer à « entrer en poésie ». Un manifeste poétique à mettre entre toutes les mains !

« La poésie ne veut pas vous distraire ou vous divertir, c’est-à-dire vous aider à oublier les choses graves.  Au contraire, elle ne vous parle que des choses graves,  elle vous parle, les yeux dans les yeux, de ce dont personne n’ose vous parler, sauf peut-être vos meilleurs amis, parce que justement, c’est trop grave : la mort qui rôde autour de vous, le désir qui fait trembler les doigts, le terrible silence du ciel dans la nuit, le rêve d’un baiser, la solitude dont on ne sort pas, ce grand silence au fond de soi dont on ne sait que faire, la joie étrange, stupéfiante, de se sentir soudain heureux pour rien dans le soleil. »