Sur la barricade du temps, de Titos Patrikios

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En mai 2015, les éditions Le Temps des Cerises publient une anthologie bilingue des poèmes de Titos Patrikios. Ce recueil, traduit du grec par Marie-Laure Coulmin Koutsaftis, rassemble des poèmes écrits depuis les années 1940 jusqu’à aujourd’hui. Il a obtenu en 2016 le prestigieux Prix Max Jacob.

Né en 1928, Titos Patrikios a très rapidement été confronté à la guerre. Engagé dans la Résistance grecque, il connaîtra par la suite l’exil à plusieurs reprises, parcourant ainsi l’Europe jusqu’en 1975, année de son retour en Grèce, devenue une démocratie.

Sur la barricade du temps est un ouvrage dense, puisqu’il est le témoin de plusieurs décennies marquées par la lutte et par l’éloignement. Mais les textes ne sont jamais désespérés, au contraire. Les vers sont combatifs, flamboyants, rebelles. Ils se soulèvent contre l’horreur du quotidien et la tragédie, portant la voix d’un homme qui refuse d’accepter silencieusement l’oppression.

Les gisements du temps — VI

Même ces choses que nous taisons
nous ne les abandonnerons pas
tout autant que passent les années,
les choses qui ne se sont pas perdues
revivent en nous
ouvrent de nouveaux cycles du jour.
Incontrôlable le soleil entre
il ne transige pas avec les morts
il ne ménage pas les vivants.

Des vers engagés, donc, où l’on perçoit à la fois l’amour profond que porte l’auteur à son pays, et la douleur qu’il éprouve tout au long de ces années de tourmente. Titos Patrikios dresse, dans un même souffle, un portrait glaçant et émouvant de son pays blessé.

La ville où je suis né

Je touche les murs des maisons
personne ne répond.
Je me suis retrouvé dans une ville sans nom.
Je cherche le ciel pour y trouver sa trace
et des réclames multicolores m’aveuglent.
La ville où je suis né avait deux simples coordonnées
latitude Nord, sang
longitude Est, mort.

Mais ces textes dépassent largement la simple portée historique : ils parlent de toutes les formes d’enfermement, de toutes les formes d’insurrection, et surtout, de l’absolue nécessité de vivre malgré tout.

Droit

Je crois que tout ce que j’ai traversé
m’a donné tous les droits de tomber fou. Ç’aurait été un peu reposant, enfin
un peu de cette liberté irresponsable que je n’ai jamais connue.
Et à la vérité je serais bien tombé fou, si cela ne constituait pas
aussi un genre de concession.

Une anthologie majeure, qui donne envie de s’immerger dans la poésie grecque contemporaine.