La Chute des temps, de Bernard Noël

Couverture de La Chute des temps, de Bernard NoëlLa Chute des temps suivi de L’Été langue morte, La Moitié du geste, La Rumeur de l’air et de Sur un pli du temps est un recueil de Bernard Noël, dont les textes ont été rassemblés par les éditions Gallimard pour la première fois en 1993.

« j’aime disais-tu j’aime tellement
être le contraire de ce que je fus
cela me déleste des idées que j’aie eues
cela m’aide à gaspiller mon nom »

   Le recueil débute avec une série de chants et de contre-chants, qui nous entraînent dans le flux de pensées de l’auteur. Une pensée multiple, agitée, dont on ne parvient jamais tout à fait à discerner ni les limites ni la destination. Les vers sont hachés, hésitants, mais toujours d’une étonnante force.

« la peau des choses
est dans nos yeux
voir écorche

la vieille langue
reste sous l’ongle
la jeune noircit la paupière »

   Au fil de l’ouvrage, on découvre d’autres textes. Des vers courts, joueurs, dansant sur les sonorités. Se tisse encore, à travers eux, la toile immense du temps qui passe ; l’expression de l’infini.

« la vie
un peu d’eau
quelques mots sur la langue
tu vois
mais le visible s’ampute
de lui-même
il ne sait être que le jour
les signes
eux
sont toujours noir sur blanc »

   La Chute des temps est un recueil qui se lit et se relit lentement, pour tenter à chaque nouvelle lecture de mieux saisir les fils lancés par l’auteur entre les lignes.

« toujours la fin
du temps
l’escalier
dans les ruines
chacun devient
sa propre porte
le bois du deuil
comment sortir
par soi de soi »

Un ouvrage aux visions subtiles, où les images viennent ouvrir une réflexion sur l’homme et sa mémoire.

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