Téléscopages, de Valérie Rouzeau

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Téléscopages est un ouvrage de Valérie Rouzeau paru en octobre 2014 aux éditions Invenit, dans leur collection Récits d’objets.

À l’origine de ce livre, tout d’abord, un objet. Et pas n’importe lequel : la météorite Allende, qui a, depuis sa chute au Mexique en 1969, apporté aux scientifiques de nombreux éclairages quant à la formation du système solaire.

« Mais alors cette pluie de cailloux
Un collier de déesse colère ?
Une ceinture pour aller valser
Entre Mars et Jupiter ? »

Téléscopages, c’est donc un long poème à l’image de cette météorite : fragmenté et percutant. Petit à petit, Valérie Rouzeau nous invite à observer cet objet spatial non plus d’un point de vue scientifique, mais d’un point de vue plus humain, plus terre à terre, en instaurant une véritable réflexion sur le rapport que nous avons avec notre propre monde.

« C’est qu’on n’y comprend rien on y pige fort mal
Des lustres et des lustres pour tant d’obscurité
Nous on entend cantique lorsqu’on nous dit quantique
Puis la formule d’Einstein E=mc²
Ne nous éclaire guère même si le Soleil brille »

L’auteure nous emporte ainsi dans un texte plein d’humour, de références et de subtilités linguistiques.

En outre, le livre est en lui-même un très bel objet, à la maquette extrêmement soignée. Le texte est introduit par une présentation de la météorite, accompagnée de sa photo et même d’un QR Code permettant, par le biais d’une application, de visualiser celle-ci en réalité augmentée. Une expérience qui vaut le détour !

Une confrontation réussie entre le monde des sciences et celui des lettres !

« Alors à lire les astronomes
La plus belle histoire de la pomme
Je trace petites phrases musicales
Mes vers un peu téléscopés. »

Pour entendre Valérie Rouzeau parler de cet ouvrage, je vous propose de visionner cet entretien.

Un poème – Une image n°2 : Je suis né, de Tristan Cabral

En 1974, Yann Houssin publie, sous le nom de Tristan Cabral, le recueil Ouvrez le feu !. De cet ouvrage, j’ai désiré vous présenter ce magnifique poème, que j’ai choisi d’illustrer avec une photographie d’Alex Stoddard.

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Je suis né

je suis né d’une erreur du vent et de la mer
c’est pourquoi j’ai vécu au rythme des marées
entre les hommes et dieu je n’ai pas pu choisir
poisson-lune égaré sur un trottoir vitreux
je n’ai fait que passer sans pouvoir respirer

un enfant replié s’est pris dans ma mémoire
qui m’empêche d’atteindre au pays d’où je viens
quand trouverai-je enfin de quoi crever mes yeux
sur le plancher glissant d’une barque fantôme

si je viens à mourir qu’on me jette à la mer
dans l’aube bleue des sables je trouverai ma route
j’arriverai enfin à cette grande fête
où mon corps fait surface à l’intérieur du sel