Plus haut que les flammes, de Louise Dupré

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   Aujourd’hui marque le 70ème anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz. Une journée qui nous rappelle l’horreur d’une Histoire pas si lointaine, et qu’il est essentiel de continuer à se remémorer.

C’est justement suite à la visite des camps d’Auschwitz et de Birkenau que Louise Dupré a écrit le texte Plus haut que les flammes. Tout d’abord publié aux Éditions du Noroît en 2010, puis édité en France par les Éditions Bruno Doucey en janvier 2015, ce long poème rend hommage aux enfants déportés.

« lorsqu’on ne peut plus voir
Auschwitz se découper
comme une nature morte

sous un ciel d’un bleu
insupportable

le bleu est insupportable
chaque fois qu’il trahit
la mémoire »

D’une plume sobre mais poignante, Louise Dupré évoque à la fois la difficulté et l’absolue nécessité de vivre en ayant conscience des crimes commis par l’Homme.  Loin du pathos, elle esquisse par des vers percutants l’angoisse et la douleur qui l’habitent. Mais peu à peu, elle parvient à s’extraire de cette souffrance pour se plonger à nouveau au cœur de la vie –comme si quelque chose de plus puissant qu’elle la poussait à avancer. Ce n’est plus seulement aux enfants d’Auschwitz que s’adresse ce poème, c’est à tous ceux d’après, à ceux qui seront porteurs de la lumière et des souvenirs.

« la mémoire des morts
cherche une demeure

elle te demande
à boire
et à danser

et tu la fais danser
avec l’enfant »

Un très beau texte sur  la mémoire, et, avant tout, sur l’importance de la vie.

Pour en découvrir un peu plus, je vous invite à visionner une interview de Louise Dupré à propos de cet ouvrage.

« The Type », de Sarah Kay

Sarah Kay est une jeune poète dont les textes ne manquent ni de sensibilité, ni d’humour. C’est par un très beau poème aux accents féministes que je souhaite vous faire découvrir cette nouvelle artiste pratiquant le spoken word.
Pour accompagner la vidéo de sa performance, je vous propose ci-dessous une traduction (faite maison, et donc loin d’être parfaite !) du texte orignal. Bonne écoute et/ou bonne lecture !

Le genre – Sarah Kay

Si tu deviens en grandissant le genre de femme que les hommes veulent regarder, tu peux les laisser te regarder. Mais ne confonds pas leurs yeux avec des mains. Ou avec des fenêtres. Ou des miroirs. Laisse-les voir ce à quoi une femme ressemble, ils n’en ont peut-être jamais vue une avant.

Si tu deviens en grandissant le genre de femme que les hommes veulent toucher, tu peux les laisser te toucher. Parfois ce n’est pas toi qu’ils cherchent à atteindre. Parfois c’est une bouteille. Une porte. Un sandwich. Un prix. Une autre femme. Mais leurs mains t’ont trouvée en premier. Ne te confonds pas avec un gardien. Ou une muse. Ou une promesse. Ou une victime. Ou un en-cas. Tu es une femme. Peau et os, veines et nerfs, cheveux et sueur. Tu n’es pas faite de métaphores. Ni d’excuses. Ni de prétextes.

Si tu deviens en grandissant le genre de femme que les hommes veulent enlacer, tu peux les laisser t’enlacer. Toute la journée ils s’entraînent à garder leurs corps droits -même après tant d’évolution, ça semble toujours contre-nature, ça tend toujours les muscles pour maintenir les bras et la colonne. Seuls quelques hommes voudront apprendre ce que ça fait de se tordre en un point d’interrogation autour de toi et d’admettre qu’ils n’ont pas les réponses ; depuis le temps, ils pensaient qu’ils les auraient. Certains hommes voudront t’enlacer comme si tu étais La Réponse. Tu n’es pas La Réponse. Tu n’es pas le problème. Tu n’es pas le poème, ou la chute, ou la devinette ou la blague.

Femme, si tu deviens en grandissant le genre de femme que les hommes veulent aimer, tu peux les laisser t’aimer. Être aimé n’est pas la même chose qu’aimer. Tomber amoureux, c’est découvrir l’océan après des années passées à sauter dans les flaques. C’est découvrir que tu as des mains. C’est faire le funambule lorsque le public est déjà parti. Ne perds pas ton temps à te demander si tu es le genre de femme que les hommes blesseront. S’il te quitte en te laissant un cœur hurlant comme une alarme, tu apprendras à chanter sur cette musique. C’est dur d’arrêter d’aimer l’océan, même après qu’il t’ait laissée suffocante, salée. Alors pardonne-toi les décisions que tu as prises, celles que tu continues à appeler « erreurs » lorsque tu les bordes la nuit. Et retiens ceci : retiens que tu es le genre de femme qui cherche une place à faire sienne. Laisse les statues s’effondrer. Tu as toujours été cette place. Tu es une femme qui peut la construire elle-même. Tu es née pour construire.

Juste après la pluie, de Thomas Vinau

006Il y a quelques années, j’avais lu Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, très beau roman de Thomas Vinau au style original –et particulièrement marquant. Écrit en prose, il m’avait donné envie de découvrir d’autres œuvres de l’auteur, notamment en vers.
C’est chose faite désormais grâce à Juste après la pluie, recueil paru chez Alma éditeur en janvier 2014.

« On ne se refait pas
c’est bête
vu tout le temps
passé
à se défaire »

Assemblage de petits textes passant de l’orage à l’arc-en-ciel, cet ouvrage est de ceux dans lesquels on picore gaiement, découvrant çà et là des images d’une renversante originalité. Comme l’auteur le prône, il s’agit d’une poésie « sans chichi, sans lyrisme excessif », et donc d’une « poésie du présent ». En bref, un recueil qui serait un manuel pour aider chacun à mener son combat ordinaire.

« Celui qui peint
qui joue
ou qui est écrit
est le pillard
de l’enfant dévasté
qu’il était »

La poésie comme remède, comme béquille ; la poésie qui ramène doucement au monde et en offre une vision nouvelle.

« C’est quoi les fraises des bois ?
Des bonbons sauvages »

Mais avant toute chose, il s’agit d’une poésie riche et expressive, qui sait dire tous les petits riens de la vie avec une incroyable justesse. Une poésie-miroir qui nous dénude et nous rassure, qui nous dit combien les angoisses et les obsessions de chacun se ressemblent.
Une poésie, finalement, que l’on aimerait pouvoir offrir à tous.

« Ouvrir un livre
au hasard
une phrase ou deux
suffiront
ouvrir le jour
comme un livre
choisir une ligne
la manger »

Joë, de Guillaume de Fonclare

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« Un soldat vous ajuste, une balle jaillit du canon de son arme, elle vous frappe, vous tombez, et c’en est fini, pensez-vous, alors que tout ne fait que commencer. »

De Joë Bousquet, je savais confusément les choses suivantes : blessé durant la Première Guerre Mondiale, il avait passé le reste de sa vie alité ; il avait fréquenté et correspondu avec de nombreux artistes de son époque ; enfin, il était l’auteur d’une œuvre flamboyante, dont je n’avais lu que le recueil La Connaissance du Soir et l’indéfinissable Mystique.

C’est en lisant le billet d’Aifelle que j’ai découvert que l’écrivain Guillaume de Fonclare avait choisi d’évoquer ce poète dans un court roman, humblement nommé Joë.

Paru en octobre 2014 chez Stock, Joë retrace le destin incroyable de ce poète à l’étonnante force de vie. L’auteur expose en parallèle son propre parcours, et évoque sa fascination pour ce personnage qui, au fil de ses recherches, est devenu à la fois une sorte d’ami et de source d’inspiration. En choisissant le vouvoiement, Guillaume de Fonclare propose une forme dynamique, bien loin de la biographie conventionnelle, et offre une vision à la fois subjective et émouvante de cet homme qu’il n’a jamais connu, mais avec qui il semble pourtant avoir tissé un indicible lien.

« Car, chez vous, il n’y a pas de phrases inutiles ; vous voulez être au plus près de ce que vous êtes, vous voulez retrouver en vous une humanité première, dégagée de tous les artifices de l’existence, une part de lumière d’éternité qui anime tous les hommes. »

Cet ouvrage empreint d’une grande sensibilité m’a donné envie de (re)lire Joë Bousquet, mais aussi de me plonger dans les ouvrages antérieurs de Guillaume de Fonclare, dont la plume tantôt poignante, tantôt malicieuse, m’a complètement séduite.

Liberté – Paul Éluard

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Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

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