Rimbaldo, de Serge Filippini

RimbaldoIMG_20141227_145051 est un roman paru en avril 2014 aux éditions de La Table Ronde.

En 2010, la publication d’une photographie fait vibrer le monde littéraire. Prise à Aden en 1880, elle représente un groupe de sept personnes installées à la terrasse d’un hôtel. Parmi elles se trouve Arthur Rimbaud.

Fasciné par cette photo, Serge Filippini imagine les deux heures précédant la prise de vue. À partir de ces personnes dont il ne connaît presque rien, il crée des personnages aux multiples facettes. En seulement une centaine de pages, il parvient à tisser un scénario à la fois plausible et imaginatif, permettant d’offrir un contexte réaliste à cette photographie oubliée.

Rimbaud n’est pas la figure principale du récit, mais c’est autour de lui que les personnages s’articulent, tous ayant une vision différente de cet homme dont ils ne connaissent guère le passé.
Finalement, ce roman n’attribue pas à Rimbaud des traits de caractère très marqués, qui auraient donné une image de lui parfaitement construite -et qui aurait donc forcément trahi la réalité. Au contraire, en choisissant de simplement l’esquisser, notamment par le biais des opinions diverses des autres protagonistes, l’auteur offre un Rimbaud mystérieux, et laisse au lecteur le soin de se forger sa propre opinion.

Un roman inventif et ambitieux, qui dessine un portrait subtil de ce poète génial qui renonça aux mots.

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Le fleuve à l’envers, de Carles Diaz

013Le fleuve à l’envers est un texte de Carles Diaz, paru aux éditions Abordo en février 2013.

« Que la vie avec l’ivresse passive
ne soit qu’un dérapage
de ces temps épouvantés, plus qu’un cortège
de chiens
couronnés de fruits secs ! »

Dans ce petit livre très dense, Carles Diaz nous entraîne dans un récit poétique où l’on perd rapidement ses repères. Page après page, les mots coulent, mêlant images, bribes de souvenirs, questions lancées dans le vide et indignations de quelques vers. Bientôt, narrateur et destinataire deviennent flous. Le fleuve à l’envers apparaît comme un monologue magistral, une logorrhée sans fin à laquelle le lecteur assisterait malgré lui, sans parvenir tout à fait à saisir le sens de ce qu’il observe. Mais peu importe. Il se dégage de ces vers une puissance telle qu’il ne semble pas même nécessaire de les comprendre.

« Me voici assis à une table boiteuse emplie de
babioles
à peine si je peux bouger la casserole
il est vingt-trois heures, tout à coup
conserve de viande en boîte, asperges froides
un bol de riz
et comme un simplet, je mange
chancelant comme une toupie en bout de
course
vite, je mange un bout de fromage
et du pain
j’épluche la dernière orange.

Pourquoi est-ce si difficile
de se retrouver sans une autre présence pour
pouvoir disperser
ma propre existence en ignorant ces
montagnes
accouchées à la naissance ? »

On se laisse porter par le courant de ce flux verbal, captivés par un texte multiple et changeant.
Une lecture, finalement, qui nous laisse avant tout l’impression profonde d’avoir lu quelque chose de fort.