La vie est chaude, de Dominique Sampiero

   En 2014, Dominique Sampiero, écrivain, scénariste et poète, se voit remettre le Prix Robert Ganzo, pour l’ensemble de son œuvre ainsi que pour son recueil « La vie est chaude« . Cet ouvrage avait été publié en 2013 par Bruno Doucey. À l’époque, je m’étais empressée de l’acheter, appréciant beaucoup  cette maison d’édition. J’avais été conquise par ce petit livre d’une quarantaine de pages, que j’avais même eu la chance de me faire dédicacer lors d’un salon du livre lillois.

Nombreux sont les écrivains qui, par le roman, la poésie ou le théâtre, ont osé explorer le thème de la fin de vie. Moins nombreux sont ceux qui parvinrent à l’évoquer sans romantisme, mais en regardant la mort avec humilité, en prenant le risque de se dénuder face à elle.
Dominique Sampiero a relevé le défi. En alternant vers et prose, il plonge au cœur de la nuit pour en décrire toutes les nuances, et partager avec une immense sensibilité cette expérience difficile mais inévitable qu’est le deuil.
J’ai été immédiatement séduite par cette écriture délicate, pleine de silences qui en disent long. Les vers sont courts mais possèdent une force qui rappelle les haïkus, et touchent toujours juste.

« Nuit perd la tête
et toute sa peau
dans les miroirs »

« Qui a vu la nuit sait presque tout
du chemin

Avant de parcourir ma nuit
j’étais la nuit »

Ce tout petit recueil est comme un fragment de soleil au fond de la nuit. Comme un ouvrage qui nous permettrait d’apprivoiser la mort, pour mieux apprendre à vivre.

« Le deuil est un long retour de l’âme dans le corps de celui qui reste, marquée au fer par la nostalgie du départ. Dans les premiers chagrins, on ne pleure pas quelqu’un. On pleure d’être resté. »

011

À noter que ce recueil fait partie de la collection « Embrasures » chez Bruno Doucey, dont j’affectionne particulièrement la devise : « Ouvrir à tous la porte de la poésie sans en perdre l’incandescence ».

Aragon, le poète multiple

louis_aragon

    Louis Aragon (1897-1982) est un poète, journaliste et romancier français. Il prit   pleinement part à la vie politique et littéraire de son époque : membre du parti communiste, il participa activement à la Résistance, et évolua auprès des dadaïstes, puis des surréalistes. Sa femme, Elsa Triolet, fut sa principale muse et lui inspira de nombreux poèmes.

Reconnu et pourtant souvent critiqué pour son engagement politique radical (il ne quitta jamais le parti communiste), Louis Aragon est aujourd’hui considéré comme l’un des poètes majeurs du XXème siècle. Plusieurs raisons permettent d’expliquer pourquoi les textes d’Aragon traversent si bien les décennies. J’ai choisi d’en évoquer quelques-unes, que je considère comme autant d’excellentes raisons de lire (ou de relire) Aragon.

-> Une poésie qui Résiste

Comme de nombreux autres poètes, Louis Aragon a, notamment entre 1941 et 1944, exprimé sa colère par les vers. Ces textes, publiés clandestinement à l’époque, rendent compte de l’état d’esprit des Résistants avec une force et une vérité dont ne rendront jamais compte les livres d’Histoire.  Louis Aragon évoque son rejet violent  de l’envahisseur nazi, sa volonté de regagner une France libre, en bref, le combat de tous ceux qui entrèrent dans la Résistance. En offrant sa voix à tous ceux qui partagèrent de semblables sentiments, Aragon devient le témoin direct de toute une époque : ses écrits possèdent une dimension historique incontestable.

« Mais pour le pays envahi
Contre l’envahisseur haï

Chassons chassons nos nouveaux maîtres
Les pillards les tueurs les traîtres

Le bon grain du mauvais se trie
Il faut mériter sa patrie

Chaque jardin chaque ruelle
Arrachés à des mains cruelles

(…)

Et le ciel immense et clément
Sans nuage et sans Allemand

Il faut libérer ce qu’on aime
Soi-même soi-même soi-même »

(extrait de  Marche française, dans le recueil La diane française , publié en 1944 aux éditions Seghers)

-> Une poésie qui sait parler d’Amour

Si un seul nom vient résonner à celui d’Aragon, c’est bien celui d’Elsa (Triolet). Écrivain elle aussi, elle fut, dès les années 30, sa muse, puis sa femme,  et lui inspira de très nombreux poèmes.  De formes diverses, ceux-ci sont toujours empreints d’un lyrisme et d’un romantisme presque en décalage avec l’époque. Au fil des recueils, Elsa semble se transformer et devient, aux yeux des lecteurs, l’Idéal amoureux –celle qui fera écrire à Aragon que « le bonheur existe ».  Il se dégage de ces poèmes un amour si fort qu’il ne peut être oublié, et qu’il semble ne jamais pouvoir s’éteindre tant que ces textes continueront à être lus.

«(…)
Je te dois tout je ne suis rien que ta poussière
Chaque mot de mon chant c’est de toi qu’il venait
Quand ton pied s’y posa je n’étais qu’une pierre
Ma gloire et ma grandeur seront d’être ton lierre
Le fidèle miroir où tu te reconnais
Je ne suis que ton ombre et ta menue monnaie

J’ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j’ai vu désormais le monde à ta façon
J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J’ai tout appris de toi jusqu’au sens de frisson

J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu’il fait jour à midi qu’un ciel peut être bleu
Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne
Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux
Tu m’as pris par la main comme un amant heureux
(…) »

(extrait de  Prose du bonheur et d’Elsa, dans Le roman inachevé, publié en 1956 chez Gallimard)

-> Une poésie existentielle 

Dans la lignée des poèmes romantiques du XIXème, les écrits d’Aragon trouvent aussi leur source dans le caractère mélancolique de leur auteur. Ses réflexions sur la vie et la mort reviennent régulièrement, de même qu’une certaine nostalgie pour une jeunesse qui semble trop vite passée. Les poèmes du souvenir sont nombreux et côtoient ceux qui évoquent une société où l’auteur ne paraît pas toujours trouver sa place. Outre ses poèmes politiques et ses odes à Elsa, Aragon laisse aussi entrevoir dans son oeuvre sa méfiance envers son époque et ses contemporains.

« (…)
Inexorablement je porte mon passé
Ce que je fus demeure à jamais mon partage
C’est comme si les mots pensés ou prononcés
Exerçaient pour toujours un pouvoir de chantage
Qui leur donne sur moi un terrible avantage
Que je ne puisse pas de la main les chasser
(…) »

(extrait du Roman inachevé)

«(…)
Aujourd’hui l’existence humaine
Coûte mentir et parler bas
Et je préfère le trépas
À ce paradis de la haine
Qu’on paye un prix qu’il ne vaut pas
(…)»

(extrait de  Enfer I, dans Le voyage de Hollande, publié en 1964 aux éditions Seghers)

En conclusion… Pourquoi lire Aragon ?

Louis Aragon est un poète aux multiples facettes, qui ne cesse de séduire et de toucher ceux qui le lisent. Grand Résistant et éternel courtisan d’Elsa, il demeure au sein du paysage poétique français comme l’un de ceux qui surent aussi bien faire chanter les mots au son des coups de fusil qu’à ceux des battements de cœur.

001

Raisons de vivre heureux

« L’on devrait pouvoir à tous poèmes donner ce titre : Raisons de vivre heureux. » – Francis Ponge

Après plusieurs années passées à lire et à écrire de la poésie, j’ai décidé qu’il était temps de franchir une nouvelle étape et de me lancer dans un projet qui me tient à cœur : partager cette passion pour cette forme si particulière de littérature. Trop souvent considérée comme obsolète, dépassée et poussiéreuse, la poésie souffre d’une image pourtant éloignée de la réalité. En effet, malgré cette « mauvaise réputation », elle est toujours bien présente, à la fois au sein de l’univers éditorial que sur internet, où les blogs poétiques foisonnent. Outre mes lectures, j’ai fréquenté un certain temps plusieurs forums littéraires, et j’ai pu me rendre compte combien la poésie était encore un genre vivant et novateur. Je crois profondément en l’avenir de la poésie et en son évolution, notamment par le biais du numérique.
J’espère que je saurai, grâce à ce blog, intéresser à la fois les plus sceptiques et les passionnés, et transmettre mon amour pour ce genre ancestral et en même temps si contemporain qu’est la poésie.

004

                                                                                 – calligramme maison !